CM 2018: L'Uruguay élimine le Portugal et attend la France

Avec le réalisme froid et la rigueur défensive qui la caractérisent depuis le début de la compétition, la Celeste a battu Cristiano Ronaldo et les siens 2-1, grâce à un doublé d'Edinson Cavani.

Tombeuse de Lionel Messi et l’Argentine samedi après-midi, la France connaît son prochain adversaire : elle affrontera vendredi une sélection uruguayenne qui n’a encaissé qu’un but en quatre matchs de Coupe du monde. Celle-ci a dominé samedi soir le Portugal, sans jamais paraître forcer son talent, dans un match tendu à défaut d'être esthétique, qu’elle a su tenir cadenassé et à son rythme presque de bout en bout, à mille lieues de la déferlante de buts et de courses effrénées du match de l’après-midi. Il n’y aura donc pas de revanche contre Cristiano Ronaldo et les siens, qui avaient battu les Bleus en finale de leur Euro il y a deux ans. Et il n’est pas sûr que l’on revoit la superstar portugaise, 33 ans et 4 buts marqués en Russie, porter la tunique nationale dans une grande compétition. Mais la bonne nouvelle du soir tient à ce que c’est sans doute aussi la dernière fois qu’on la voit arborer ce bouc problématique - à raser de toute urgence sur la route des vacances.

On craignait un match verrouillé des deux côtés de la porte, entre deux équipes championnes du bétonnage cynique, jamais aussi redoutables que lorsqu’elles défendent recroquevillées sur leurs arrière-gardes expérimentées, misant tout le reste sur la capacité de surgissement létal de leurs géniales flèches offensives (Cristiano Ronaldo et Bernardo Silva côté portugais ; Luis Suarez et Edinson Cavani en face). Et ce spectacle sévère, on l’a bien eu. Sauf qu’il n’y a pas même eu match, ou si peu, Cavani ayant jailli dès la 8e minute pour enfoncer un centre de Suarez dans la lucarne de Rui Patricio. Rideau.

Il était possible de se raconter alors que le but de l’attaquant parisien aurait ce mérite de forcer les Portugais à lâcher les chiens, mais encore fallait-il qu’ils en aient les moyens face à l’intraitable coffre-fort sud-américain. La Celeste défend avec une discipline de parade militaire nord-coréenne, coordonnée par l’impitoyable charnière de l’Atletico Madrid (José Gimenez et Diego Godin), Ronaldo existe à peine, et ne peut compter sur les prodiges décevants qui l’entourent (Gonçalo Guedes, Bernardo Silva) pour lui donner de l’air. C’est même alors ses adversaires, en parfaite maîtrise de leur entreprise d’annihilation des espaces, qui se montrent ponctuellement les plus dangereux, comme sur un coup franc puissant de Suarez stoppé par Rui Patricio. 1-0 à la mi-temps, et l’on se dit qu’il n’y a aucune raison que ça bouge.

Pourtant, au retour des vestiaires, le Portugal parvient tout de même à jouer plus haut et se montrer plus pressant. Très vite, ça paie : sur un corner, Pepe, l'imputrescible ex-affreux du Real Madrid, smashe sous la barre un centre de son latéral franco-portugais Raphaël Guerreiro. La partie n’a repris que depuis dix minutes, le tableau d’affichage affiche une tête partout, mais pas pour longtemps. Car, sentant son adversaire se ragaillardir, l’Uruguay reprend les mêmes et recommence aussi sec. 62e : splendide passe latérale de Suarez entre deux défenseurs à Cavani, excentré à l'entrée de la surface, lequel reprend sans contrôle d’un plat du pied d’école, dont la courbe déborde Rui Patricio et va tendre son petit filet - le troisième but dans la compétition du Matador parisien, qui sortira peu après, blessé à un mollet.

L’Uruguay ayant retrouvé les devants et confiance dans son système, on a vu son intraitable bloc remonter d’un cran, et le combat stérile reprendre, malgré les tentatives de contournements d’un Portugal empilant les centres désespérés, avec guère plus qu’une faute de main du gardien sud-américain pour donner le sentiment que la partie pouvait encore vaciller. Suarez ne fut d’ailleurs pas loin, dans le temps additionnel, d’ajouter une dose encore de cruauté au bilan d’hyperréalisme de la Celeste, avant que Rui Patricio ne monte faire le spectacle dans la surface adverse pour la forme, et que l’arbitre ne siffle la fin du corps à corps.

L’histoire des grands hommes qui portent un short retiendra donc vraisemblablement que Cristiano Ronaldo et Lionel Messi auront quitté leur ultime Coupe du monde le même soir de juin. Les deux gargouilles dorées évacuées, dont l’ombre plane sans partage sur le reste du foot mondial depuis plus de dix ans, le piédestal paraît soudain un peu plus grand, et la lumière un peu plus forte pour les virtuoses ambitieux des sélections encore en lice, les Harry Kane, Eden Hazard ou… Kylian Mbappe. Mais pour s’y faire pareille place, il faudra encore à l’attaquant français, après avoir franchi l’épreuve de feu du huitième argentin, surmonter celle du fer uruguayen en quart. L'occasion lui en sera offerte vendredi, 16h, dans la riante ville de Nizhny-Novgorod.

Liberation.fr

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