Sénégal-Transport des bus Tata la fatalité des surcharges

 

Les bus Tata sont souvent remplis à ras bord. Ces surcharges causent beaucoup de désagréments aux passagers qui sont souvent victimes de vols, parfois d’agression sexuels. Pourtant le nombre de places assises et debout est de 29 et 15. Mais pour Mbaye Amar, vice-président de l’association pour le financement des transports urbains (Aftu), il est «même acceptable», aux heures de pointe, que le nombre de places debout dépasse largement les 15. Face au manque de bus et à celui de moyens pour prendre un taxi, les passagers considèrent les surcharges comme une fatalité. 

Les Bus Tata qui relient plusieurs quartiers de Dakar et de sa banlieue au centre-ville, refusent fréquemment du monde. Ces surcharges ne laissent personne indifférent. C’est le cas de Madame Bass, une passagère trouvée dans un arrêt à Sicap Baobab, en train  d’attendre son bus : «On n’est pas à l’aise dans les bus parce que d’habitude, c’est plein ; il n’y a pas de places suffisantes et les gens sont pressés de rentrer ». Et d’ajouter : «mais tout ça est lié au fait que les gens attendent pendant des heures. Moi j’ai fait une demi-heure ici à attendre mon bus. Donc, il doit avoir suffisamment de bus qui pointent chaque 15 mn pour prendre les clients, ça évitera les surcharges». Khady Thiam  qui était dans un bus à destination des Parcelles Assainies, déclare : «nous ne sommes pas à l’aise dans ces bus, en ce moment je suis assise mais beaucoup de gens sont restés debout et ne peuvent pas se détendre un peu et c’est très grave, car il peut y avoir des cas de vol mais également des frottements sexuels». Et de renchérir : «parfois aussi nous attendons le bus pendant longtemps c’est ce qui fait que l’on se précipite pour entrer dans le premier véhicule qui arrive pour rentrer chez nous, même s’il est bourré de personnes». Mame Cheikh Fall ne dira pas le contraire : «Dans les bus, on est submergé par la chaleur et l’étroitesse due à la promiscuité. Rien n’est plus désagréable que  d’entrer dans les bus aux environs de 18h, c’est l’heure ou chacun veut regagner sa maison et c’est un chemin de croix». Avant d’ajouter : «le problème des bus  est qu’ils sont loin de satisfaire la demande. Beaucoup de clients n’ont pas les moyens de prendre un taxi. Donc, tout ce beau monde se bouscule dans les tatas pour rentrer chez eux, à l’heure de la descente, c’est qui amène les surcharges». A-t-il martelé.

«La police ne nous arrête pas…»

Quel est le nombre de places autorisées dans les tatas ? Mouhamed Lamine Diallo, un receveur trouvé dans le terminus de Diamalaye, répond : «Dans mon bus, les places assises sont au nombre de 18, mais là où on trouve des clients, on est obligé de les prendre. C’est ce qui fait que le nombre prévu est très largement dépassé et cela débouche sur les surcharges». Avant d’ajouter : «la police ne nous arrête pas parce qu’on est surchargé, mais parce qu’on n’a pas fermé la porte ou parce qu’on n’a pas  attaché  notre ceinture». Souleymane Kane, un autre receveur déclare : «c’est le client qui provoque les surcharges parce qu’il force à entrer dans le bus, même si ça déborde» a-t-il fait savoir. Et d’ajouter : «parfois les policiers ne nous regardent même pas, ils ne font rien pour recadrer les bus tatas », renchérit-il. Pour ce chauffeur qui a souhaité garder l’anonymat : «le nombre de places prévus pour les bus est de 18 à 20 ,mais des passagers peuvent rester debout si les places assises sont occupées», avant de  préciser que «les surcharges ne sont pas une raison pour que les policiers nous arrêtent, ils doivent juste veiller plutôt à la fermeture des portes si le bus est en déplacement. Mais si le client ne peut entrer à l’intérieur du bus et s’agrippe à la portière, là le policier a le devoir d’arrêter le bus».

Quant à ce policier dont nous tairons le nom : « Les Tata à Dakar circulent de manière anormale. Il y a des bus qui se remplissent jusqu’à ce que le véhicule se penche d’un côté et que la porte ne puisse se refermer. C’est ce qui est intolérable». Le policier d’ajouter «nous, dans ce cas, on se contente de remettre de l’ordre dans le bus en diminuant les passagers, mais aussi en donnant un avertissement au chauffeur et en cas de récidive il est arrêté».

Vols, chaleur, frottements sexuels…

Par ailleurs, ces personnes ont soulevé des cas de vols, mais aussi d’évanouissement dans les bus Tata. C’est le cas de Souleymane Kane: «parfois, il y a des cas de vols. Si je soupçonne une personne, je lui demande immédiatement de descendre du bus». Et d’ajouter : «parfois les voleurs sont au nombre de 3, l’un se met devant, l’autre au milieu et un autre derrière pour créer une diversion afin de réussir leur coup», ajoute-t-il. August Sarr, un contrôleur n’en dira pas plus : «il y a trop de gens qui entrent dans les bus sans payer, ils essayent  souvent de tromper  les contrôleurs en ramassant les tiquets qui ont déjà étaient achetés pour servir de preuve. Mais une sanction est prévue en cas de fraude, est de 2000 F Cfa». Quant au receveur Mouhamadou Lamine Diallo, il déclare : « j’ai souvent entendu chez mes collègues parler des cas de vols, mais je n’ai  jamais assisté dans mon bus». Avant d’ajouter : «moi, je me préoccupe plus de mon travail de receveur, mais je ne gère pas les affaires de vols, car ce n’est pas de mon ressort». A-t-il affirmé   

MBAYE AMAR, VICE-PRESIDENT DE L’ASSOCIATION POUR LE FINANCEMENT DES TRANSPORTS URBAINS (AFTU) : «Chaque ligne sera renforcée de 20 bus»
 

«Le nombre de places prévues dans les bus tata est de 29 assises et 15 debout, mais avec les heures de pointe, il est acceptable que cela dépasse les 15. Pour les surcharges, on fait de notre mieux pour trouver des solutions afin de palier cela car on est en train de renforcer le parc qui contenait 505 bus au départ, on a ajouté récemment 400 bus puis 700 bus et on est sur le point d’augmenter 300 autres qui sont neufs, tout ça pour lutter contre les surcharges. Chaque ligne sera renforcée de 20 bus, ce qui fera un total de 50 au lieu de 30 bus comme c’est le cas maintenant. Nous voulons régler le problème de surcharge définitivement, mais malheureusement les Sénégalais ne peuvent pas attendre, et c’est eux qui se précipitent pour entrer dans les bus. Si le bus est plein, mieux vaut ne pas y entrer, mais les gens préfèrent entrer dans le véhicule jusqu’à créer une  surcharge. Au début les gens faisaient la queue pour entrer dans les bus pour éviter les cas de vols et autres, mais maintenant ils ne respectent plus cela»

Commentaires