"Matar Diokhané ne m’a jamais informé sur un projet d’implantation djihadiste au Sénégal et je n’étais pas au courant de son voyage au Nigeria" selon Imam Alioune Badara Ndao

L’imam Alioune Badara Ndao, poursuivi pour 7 chefs d’accusation, les a tous réfutés, hier, à la barre de la Chambre criminelle. S’agissant de Matar Diokhané, le présumé cerveau de la bande, il soutient n’avoir aucune véritable relation avec lui. Par ailleurs, Matar Diokhané ne l’a jamais informé sur un projet d’implantation  de djihadistes au Sénégal, tout comme il ne savait rien de son voyage du Nigeria, comme on veut le faire croire. 
 

Imam Alioune Ndao a été le dernier accusé à se présenter devant la Chambre criminelle de Dakar. Il est poursuivi pour 7 chefs d’accusation dont la détention de munitions de calibre 22. Son audience était très attendue, vu sa notoriété, ce qui explique l’affluence qu’il y a eue, hier, au palais de justice Lat-Dior. C’est à 9 heures et 46 minutes qu’il s’est présenté à la barre. Neuf avocats sont constitués pour assurer la défense de l’imam kaolackois. Le juge lui demande de décliner son identité. « Alhamdoulilah», commence-t-il par dire, comme s’il attendait longtemps ce moment. Tout de blanc vêtu, faisant face au juge, il donne son âge, 58 ans, le nom de sa mère, celui de son père. Il ne voulait pas donner le nombre d’enfants qu’il a, avant que le juge ne l’y oblige ; «j’ai 17 bouts de bois de Dieu», finit-il par lâcher. Il est maître coranique à Nguane Station, dans la région de Kaolack, marié à 4 épouses. Le juge lui notifie les crimes ; il les nie tous. 
Le juge lui demande de lui parler de son parcours scolaire, et l’accusé explique avoir étudié le Coran à Koki en 1967 ; il avait 7 ans. En trois années, il mémorise le Coran. Ensuite, il a été au daara de Mor Mbaye Sy qui se trouve à Ndiarèm, avant qu’il ne parte en Mauritanie où il a fait une formation de 2 ans. Il a délocalisé son daara à Ndorong, avant d’obtenir en 1998 un titre foncier à Nguane Station à Kaolack où il a installé finalement le daara. Par ailleurs, il affirme que sa famille détient un champ à la périphérie de Kaolack, où se situe également sa résidence et sa mosquée. Pour les travaux champêtres, l’accusé déclare que les gens qui se trouvent dans le daara sont scindés en équipes. Il y a 5 maîtres coraniques et 300 à 400 apprenants. Ses activités agricoles l’aident à les prendre en charge. De plus, certains parents participent à hauteur de 150 francs pour régler quelques besoins du daara. Il précise qu’il ne reçoit pas d’aide venant de l’Etat. 
  
Imam Ndao entretient de bonnes relations avec les autorités religieuses, selon lui 
S’agissant de ses relations avec les autorités religieuses, l’accusé affirme qu’elles sont bonnes, mais surtout avec Serigne Bassirou Mbacké. A Médina Baye, il envoyait une délégation dans le cadre de leurs activités religieuses et à Tivaouane aussi. Imam Ndao se dit être membre de la Ligue des imams et prédicateurs du Sénégal. Il connait bien imam Abdou Karim Ndour. Justement, pour les évènements de Diourbel, il les a appris alors qu’il devait se rendre à Dionwaar pour une conférence. C’est de là-bas qu’on lui a rapporté que la mosquée d’imam Ndour a été brûlée par certains disciples mourides. Et ce n’est qu’à son retour de cette conférence qu’imam Ndour l’a appelé au téléphone pour lui en parler. Il lui a suggéré d’informer la police. Pour sa part, il dit avoir envoyé des jeunes qui lui ont appris plus tard que les casseurs ne sont pas revenus. 
Sur ses liens avec Matar Diokhané, il explique que ce dernier fréquente son daara. Il était venu lui rendre visite pour approfondir ses connaissances sur l’islam, à l’époque où il était élève au Cem Bassirou Mbacké de Kaolack. Parfois, il venait prier à sa mosquée à Kaolack. Matar Diokhané lui a envoyé un jour une lettre contenant des hadiths et des versets du Coran. Après l’avoir lue, il a eu plus d’admiration pour lui. Dans ce manuscrit, dit-il, il n’avait pas fait de distinction en ce qui concerne les confréries. Par ailleurs, Matar Diokhané ne l’a jamais informé sur un projet d’implantation djihadiste au Sénégal. Par contre, il l’a appelé une fois pour l’informer sur un livre qu’il avait écrit. A l’en croire, si la charia devrait s’appliquer au Sénégal, la population devrait d’abord donner son accord. 
Imam Ndao n’a jamais été au courant du voyage de Matar Diokhané au Nigeria. Ce dernir ne l’a jamais assisté financièrement non plus. Selon lui, dans son daara, il avait pris comme cas social Abdou Lakhad, le fils de ce dernier. Le juge lui rappelle qu’Ibrahima Diallo dit Abou Omar lui avait remis des sommes d’argent. Il soutient qu’il ne le connaissait pas. Mais, qu’il l’a vu la première fois lorsqu’il venait récupérer le livre de Matar Diokhané qui lui a été remis par ce dernier, pour correction. La seconde fois, ajoute-t-il, Ibrahima Diallo était venu dans son daara à la recherche d’un travail rémunéré. Après, il lui a demandé si dans son daara il n’avait pas de difficultés. A cette époque, il voulait installer des panneaux solaires dans les champs. C’est ainsi qu’Ibrahima Diallo lui a proposé de lui prêter 1500 euros. Ibrahima Diallo lui avait aussi émis son souhait de voyager en Gambie et c’est ainsi qu’il lui avait confié la somme de 8 millions, parce qu’il ne pouvait pas emporter tout cet argent là-bas. Sur sa conception du djihad, il déclare que de ce qu’il a appris du Coran et de la Sunna du prophète (Psl), cela signifie faire des efforts sous différentes formes : dans le domaine de la connaissance, de dispenser sa connaissance, aider financièrement les gens qui en ont besoin. «Il y’a le djihad par la force qui est l’apanage de l’Etat», conclut-il. 

Jotaay.net

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