Kolda-Ziguinchor par la RN6, après plus d'une décennie l'enclavement: La vie renaît

 

 

 Après dix ans de perturbation du fait de l’état désastreux la chaussée, le trafic a repris de plus bel sur la route nationale n°6 (RN6), communément appelée la «route du Sud». Avec la construction, par le Millenium Challenge Account (MCA) de cet axe important pour le désenclavement de la Casamance, les gros porteurs, les taxis brousses (ou 7 places) et autres véhicules de transport en commun qui avaient désertés cette route du Sud, ont repris service mettant fin à une décennie d’enclavement des populations vivant dans zone. Retour sur un axe qui respire avec le retour à la paix. Carnet de route. 

 

Il est 6h30, ce matin à la nouvelle gare routière de Kolda, située au quartier Saré Kémo. Nous nous engouffrons dans une 7 places pour Ziguinchor. 4500 F Cfa, c’est prix du ticket (billet) pour parcourir 185 km. Le chauffeur rappel au passager qu’il va emprunter la route nationale n°6, plus connue sous l’appellation de «route du Sud». Donc, plus question, pour lui, de procéder au grand détour en passant par Diaroumé via Bounkiling, soit une distance de 215 km pour rallier Ziguinchor. Le chauffeur allume son véhicule, sort et passe par le pont de Sinthian Idrisssa, commune de Kolda, pour prendre la national 6. Pendant ce temps, Kolda se réveille lentement, enveloppé dans une légère pénombre, sous  un ciel chargé. Temps idéal pour les paresseux. A cet instant de la journée la circulation est véritablement dégagée. Le chauffeur ne se fait pas prier. Sa vieille Peugeot tient le pari. Ne regarder surtout pas le compteur  pour savoir à quelle vitesse il roule. C’est un vieux souvenir. Votre serviteur qui a emprunté ce chemin plusieurs fois au milieu des années 90 est pressé de redécouvrir cette route lui réserve, après avoir été boycottée pendant plus d’une décennie par tous les taxis brousses, sans exception, et d’autres catégories de transports.

UN CADEAU DU PEUPLE AMERICAIN… A LA CASAMANCE

Saré Keita, Bantankountouyel… Sur l’axe, des enfants avec leurs chiens vont aux champs pour surveiller les cultures car, les singes et autres oiseaux granivores déterrent les semences. Une verdure …à perte de vue. L’air est embaumé des senteurs d’humidité et de verdure. Respirer cet air matinal est une chance. Les mares, le long de la route, sont déjà remplies. A l’image de celle située prés de Boussoura. Pas beaucoup de discussion dans la voiture, mais notre chauffeur salue le travail abattu sur cet axe, avec une signalisation de qualité. En effet la peinture blanche sur l’asphalte ne laisse personne indifférente.

Rouler sans aucune difficulté sur une des meilleures routes de ce pays. C’est le cadeau du peuple Américain à la Casamance, à travers le Millenium Challenge Account (MCA). Donc, le 7 places peut avaler des distances, des localités en un temps recors. Tankanto Escale puis Saré Yoba Diéga une commune célèbre pour son louma, le plus grand marché hebdomadaire internationale du bétail de la région. Aujourd’hui, avec toujours le MCA, un marché moderne de bétail a été construit dans la commune. Chaque jeudi, plusieurs Téfanké se retrouvent dans la capitale du Diéga, frontalière avec la Guinée-Bissau pour commercer. 

LES MILITAIRES DANS LA SECURITE ROUTIERE

Ici, ce sont les soldats qui fouillent les véhicules des passagers. Le chauffeur, lui, est obligé d’aller trouvé les militaires au poste de contrôle érigé au bas côté de route pour se présenter. En effet, malgré l’accalmie qui règne depuis plusieurs années, les séquelles du conflit trentenaire existent toujours en Casamance, avec des éléments incontrôlés qui procèdent à des braquages et attaques par endroits, y compris le vol de bétail. Conséquence, même s’ils ne sont pas nombreux, l’Etat maintient toujours des cantonnements militaires à des points stratégiques pour rassurer les populations. Heureusement !

Notre vieux taxi brousse roule aisément. Sare Wallon, Dioura Sinthian, Sinthian Téné, Saré Niako, Niagha, des villages qui ont beaucoup souffert de l’insécurité, mais aussi du mauvais état jadis de cette route. La forêt classée de Balmadou se dévoile, avec des panneaux indiquant la présence des Gazelles. La forêt est touffue. Une végétation encore épargnée par les hommes, pardon les braconniers. Les visages des populations, le long de la route, renseignent sur la joie de retour dans cette zone. Mais aussi la ruée sur le béton: de belles maisons sont construites dans des  villages où les populations étaient persécutées par les bandes armées. A Dialaba Fulbé, une grande boutique bien achalandée, signe de normalisation.  Sur la route, l’on dépasse des groupes de personnes, le plus souvent des femmes qui vont dans les rizières, armées de houes. Ici, le travail se fait toujours à la main. Ne me demandez pas où est le matériel agricole ? L’hivernage s’étant bien installée, les traces des fortes précipitations sont visibles, les vallées sont biens remplies. 

DES ECOLES EN «ABRIS ETERNELS», TRANSFORMEES EN CHAMP D’ARACHIDE

La plupart des écoles sont clôturé par le MCA. Une chance dans cette zone où les élèves sont toujours parqués dans des «abris éternels». Santandiang, une école qui attire notre attention, avec un champ d’arachide. Dans le véhicule, un directeur d’école s’étonne. «Mais c’est un cadeau pour les élèves à l’ouverture», plaisante le voisin.

Sinthian Ndiobo s’annonce, avec cette palmeraie dans les riziéres. Les herbes sauvages sont déjà hautes. Il sera difficile pour les femmes de labourer dans cette zone. Baghère, village des chérifs, avant de traverser le pont Tanaf Bolong pour la commune du même nom, la capital du Brassou. Ici la police des frontières procède à une vérification de pièce d’identité. Une seule fille qui dit aller à Boucotte (un quartier de Ziguinchor) n’en possède pas. Mais le policer est visiblement de bonne humeur. 

BISSAU N’A PAS RENDU A SAMINE LA MONNAIE DE SA PIECE

Il est 7 h 56 mn. Il reste encore 116 km à parcourir pour arriver à notre destination. Nous traversons les autres villages du Brasssou, Simbandi, Mancolicounda … Dans ce dernier village, les tiges de maïs sont déjà a hauteur de genoux. La pluie nous rattrape vers Fassane. Il est déjà 8h 25 mn quand, sous la pluie, nous rencontrons une première patrouille de soldats dans une AML. Ce sera la seule patrouille durant notre voyage.  Nous sommes déjà à Samine, une commune frontalière avec la Guinée-Bissau, située à 32 km de Goudomp, son chef lieu de département. La localité est pleine de symbole: ayant servi de base arrière pour les combattants du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC) lors de la guerre de  libération de ces deux pays lusophones. D’ailleurs, elle avait essuyé plusieurs fois de tires de l’armée coloniale portugaise qui pourchassaient les anciens combattants du PAIGC. Elle abrite l’une des plus vieilles bases militaires et brigades de gendarmerie de l’ex région de Casamance, avec comme chef lieux Ziguinchor. Mais aujourd’hui, elle est en proie à beaucoup de difficultés, notamment le vol de bétail vers la Guinée-Bissau voisine. Heureusement que la brigade de gendarmerie est réputée pour son professionnalisme. 

AGNACK ET NIAGUIS, LES DEUX PONTS A FINALISER

A la sortie de Samine, nous découvrons les premiers pavés, remplaçants l’asphalte sur certaines distances marécageuses. Du blanc à la place du noir (goudron). Défile Simbandi Balante, nouveau «check point» des soldats, une fouille vite faite et bien faite. A Baconding, nous voyons les premières étales de poissons, carpes, en vente au bord de la route. Cap sur Goudomp. 

Quatre villages après, nous sommes à Diagnon, première localité du département de Ziguinchor, frontalier à celui de Goudomp (région de Sédhiou). C’est une localité de la commune d’Adéane qui avait occupé les devants de l’actualité à cause de l’assassinat d’une dizaine de jeunes du village par des éléments armées à leur lieu de travail (une scierie de la localité) le lundi 21 novembre 2011. 

Peut après, nous arrivons à la première déviation de 500 m, le pont est en phase de construction à l’entrée d’Agnack 1. A Fanda le temps d’apercevoir et d’apprécier la belle église de la zone, nous sommes à Niaguis, pour une nouvelle déviation: le pont y est en phase de finition. A bout de quelques minutes, nous voila déjà à Boutoute. A 10 h 57, nous entrons à Ziguinchor, avec ses rues gorgées d’eau. Bref, la RN6 est aujourd’hui  une route qui rend le voyage plus facile. «Jarama» peuple Américain.

sudquotidien

Commentaires