Eau, paix et sécurité-Le débat s’invite au conseil de sécurité: De «l’expérience sénégalaise»…aux Nations Unies

 

Pour admettre ce débat au Conseil de sécurité des Nations Unies, sur un sujet aussi improbable que «Eau, Paix, Sécurité», le Sénégal, qui assure jusqu’à la fin de ce mois de novembre, la présidence du Conseil de sécurité, a dû faire valoir quelques arguments, au-delà de sa quarantaine d’années d’expérience à l’Organisation pour la mise en valeur du Fleuve Sénégal (Omvs). Mais quand 7 milliards d’individus doivent se partager 1% d’eau douce, une quantité «inégalement répartie» de surcroît, il y a de quoi être inquiet. Surtout quand on vous dit que d’ici à 2050, «une personne sur quatre» pourrait avoir à faire face à des «pénuries d’eau douce», ou alors que l’eau s’est infiltrée dans un certain nombre de conflits, où elle fait parfois office d’ «arme de guerre»… 

Quand on y pense, la question ne s’était jamais vraiment posée au Conseil de sécurité des Nations Unies, qui existe tout de même depuis plus de 70 ans. Pas de cette façon-là dit-on, et certainement pas lors d’une de ces «séances formelles», pour reprendre les propos du ministre sénégalais des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Mankeur Ndiaye, lors du très attendu débat de ce mardi 22 novembre sur «Eau, Paix, Sécurité», avec plus d’une soixantaine d’orateurs inscrits. Le président du Panel mondial de haut niveau sur l’eau et la paix, Danilo Turk, faisait d’ailleurs remarquer que ce n’était pas très courant de parler de l’eau en ces termes-là, et que le lien avec la paix et la sécurité n’était peut-être pas si évident que cela. Alors de là à en faire un «enjeu de sécurité mondiale»…

Mais disons que le sujet s’est plus ou moins imposé, quand on nous dit par exemple qu’il ne resterait tout au plus qu’1% d’eau douce, pour quelque chose comme 7 milliards d’individus… Et que, pour couronner le tout, cette quantité d’eau serait elle-même «inégalement répartie», avec neuf pays pour se partager 60% des «réserves mondiales d’eau», pendant que 28 autres souffriraient de «pénuries régulières», et 80 de «pénuries ponctuelles».

Sans parler de ces prévisions pas très rassurantes ; car d’ici à 2050 disent les chiffres, «une personne sur quatre» pourrait avoir à faire face à des «pénuries d’eau douce». Pour des raisons aussi diverses que le changement climatique, l’urbanisation, la hausse de la consommation etc.

L’autre aspect, c’est que le liquide précieux se serait plus ou moins infiltré dans un certain nombre de conflits, où le «contrôle» de l’eau se présente à la fois comme un «enjeu» et comme une «arme de guerre», utilisable «pour faire pression» sur des populations vulnérables. Ce sont les mots de Mankeur Ndiaye, qui laisse entendre que la communauté internationale devrait pouvoir «sécuriser les sources et autres circuits d’approvisionnement», en plus de «garantir la qualité de l’eau» qu’il faudrait tout simplement tenir «hors de portée» des «bandes de criminels» et autres groupes terroristes. Mais encore faudrait-il selon lui «prévenir» certaines situations, pour ne pas avoir à attendre que les choses soient hors de contrôle pour réagir, et surtout pour éviter que dans les prochaines années, l’eau soit à l’origine de conflits ici ou là, au même titre que les hydrocarbures par exemple.

Et quand on entend le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, il y a quelques raisons de se montrer inquiet : entre la destruction délibérée de certaines installations d’eau, les attaques aériennes contre l’eau ou contre les installations électriques en Syrie… Au mépris des règles du Droit humanitaire international…

Le combat de la Croix-Rouge

Ce mardi 22 novembre, les membres du Conseil de sécurité ont d’ailleurs pu entendre le cri du cœur de la Vice-présidente du Comité international de la Croix-Rouge (Cicr), Christine Beerli, qui a dû rappeler, comme si ce n’était pas assez évident, que l’eau était «l’exigence humanitaire la plus fondamentale». Mais que, dans certains conflits armés, on se retrouvait très vite avec des «systèmes d’approvisionnement endommagés», que les ingénieurs du Cicr s’efforçaient de réparer. Sans oublier que dans des situations comme celles-là, l’accès à l’eau devient une sorte de casse-tête pour les femmes et les filles qui en ont la charge, exposées qu’elles sont parfois à la menace d’un viol, ou pour des enfants soumis à la corvée de l’eau, à des heures où ils devraient peut-être se trouver à l’école. 

Le président du Strategic Foresight Group, Sundeep Waslekar, qui s’est dit «très touché» par le message lancé par la Vice-présidente de la Cicr, a d’ailleurs suggéré au Conseil de sécurité de négocier des cessez-le-feu, pendant ce que l’on appelle les «conflits prolongés», où ce sont des camions- citernes qui prennent le relais, pour avoir la possibilité de réparer les infrastructures endommagées. Idem pour Danilo Turk, qui a laissé entendre que le Cicr méritait d’être appuyé, avec des «moyens militaires ou diplomatiques».

Mais on raconte tout de même quelques histoires heureuses, avec même quelques exemples de coopération plus ou moins «réussie» autour de l’eau. C’est une expression qui reviendra d’ailleurs très souvent : «l’expérience sénégalaise», allusion à la création, en 1972 de l’Organisation pour la mise en valeur du Fleuve Sénégal (Omvs), entre le Sénégal, le Mali et la Mauritanie, de quoi rendre «hommage à Senghor», pour parler comme Danilo Turk, parce que le président sénégalais avait su «convaincre», à l’époque, ses homologues malien et mauritanien. Une longue histoire de partage heureux comme dirait Ban Ki-moon, et qui serait selon lui «la pierre angulaire de la stabilité et de la paix dans la région». Créée quelques années plus tard, en 1978 pour être précis, l’Organisation pour la mise en valeur du Fleuve Gambie (Omvg) regroupera quant à elle le Sénégal, la Gambie, la Guinée et la Guinée Bissau.
 

Et quand on fait le calcul, «depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale», on se retrouve avec «quelque 200 instruments bilatéraux et multilatéraux de coopération» signés, «concernant une soixantaine de cours d’eau internationaux», même si, et c’est un sujet de «préoccupation» pour Mankeur Ndiaye, «158 des 263 cours d’eau internationaux ne disposent pas, à ce jour, de cadre de coopération ».

 

Théodora SY SAMBOU

(Envoyée Spéciale)

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