Victoire de celui qui nomme aux fonctions civiles, militaires et judiciaires sur la condamnation de Khalifa Sall

L’affaire de la caisse d’avance de la mairie de Dakar a livré son verdict. Et sans surprise, Khalifa Sall a été condamné à une peine de 5 ans de prison ferme, ce qui l’écarte de la présidentielle de février 2019. Le malaise est quand même patent, d’aucuns persistant à croire que le procès était foncièrement politique et que le Président Macky Sall a écarté un adversaire gênant. 

C’est fait. La sentence est tombée. Et comme prévu, Khalifa Ababacar Sall est condamné, non à une peine de prison, ce qui est en fait subsidiaire, mais à ne pas participer à la présidentielle de février 2019. L’objectif est donc atteint. Le Président Macky Sall, n’ayant pu plier le maire de Dakar à ses desiderata de le laisser briguer en roue libre un second mandat, s’est arrangé avec la justice pour mettre sous l’éteignoir les velléités de l’ancien responsable socialiste de se présenter contre lui. Le verdict rendu hier par le tribunal correctionnel de Dakar, sous la présidence du juge Malick Lamotte, ne grandit ni la justice, déjà dans le creux de la vague, ni l’institution président de la République, dont l’actuel occupant utilise des armes non conventionnelles pour écarter des concurrents. Tout cela au grand dam du Sénégal et de son peuple, dont le pedigree sur le continent était jusque-là digne de respect. Avait-on besoin de tout cela, si ceux qui s’agitent dans ce navet de très mauvais goût avaient vraiment en ligne de mire le service de notre pays et de notre peuple ? La réponse coule bien sûr de source, négative et sans appel. Or, considérant le chef de l’Etat Macky Sall, élu par 65% des Sénégalais pour remettre sur pied un Etat que son prédécesseur avait fini de faire marcher sur la tête, la déception est certainement la chose la mieux partagée par les Sénégalais, aujourd’hui. La gestion sobre et vertueuse, slogan dont le patron de l’Alliance pour la République avait fait son cheval de bataille, a vite tourné en eau de boudin, laissant la place au népotisme et à la gabegie. Aussi, se rendant compte que les infrastructures, les bourses sociales homéopathiques ou la Couverture maladie universelle miteuse n’arriveront jamais à amadouer le peuple du 23 juin, l’option du locataire du palais, que les sondages envoient à un second tour synonyme de chute irrémédiable, s’est résumé à un leitmotiv : faire le vide autour de lui. Il y a d’abord l’élimination «physique» de Karim Wade, candidat désigné du Parti démocratique sénégalais qui reste confiné dans un exil doré au Qatar. Wade fils, condamné par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), puis gracié par décret présidentiel, tente vaille que vaille de rester au contact du peloton, grâce aux technologies du numérique, distillant régulièrement ses messages aux Sénégalais et restant l’absent le plus présent de la scène politique nationale. Même éloigné et susceptible d’être bloqué dans  la validation de sa candidature par les 138 milliards qu’il doit réglés à l’Etat, Karim Wade n’en hante pas moins les nuits du Président Sall, qui s’était plaint de l’activisme du libéral auprès de ses hôtes qataris. Il y a ensuite l’élimination judiciaire, dont le maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sar, est en voie d’être victime. Dans une procédure que les exceptions de nullité soulevées par sa défense suffisaient à éteindre, si le droit était dit. Aussi, le verdict rendu hier par la composition dirigée par le juge Lamotte n’a surpris que les rêveurs, ceux qui continuaient à donner du crédit à une justice dont le juge Ibrahima Dème, dans une démission retentissante de la magistrature, a récemment stigmatisé la soumission à l’exécutif. Et bien vrai que la condamnation de Khalifa Sall n’est pas encore définitive, il est difficile d’espérer que la juridiction d’appel, puis la cassation à la Cour suprême changent une direction d’ores et déjà fixée par celui qui nomme et dégomme aux fonctions civiles, militaires et judiciaires. Alea jacta est.

Jotaay.net

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