Lettre ouverte au Président de La République du Sénégal: Les cadres de la Poste écrivent à Macky Sall

 

Monsieur le Président de la République,

Le lundi 04 décembre 2017, à l’occasion de la Revue annuelle conjointe de la politique économique et sociale tenue au Palais de la République du Sénégal, vous avez abordé la situation de la Société Nationale La Poste en indiquant que «ce n’est pas un sujet tabou». Par cette précieuse précision, nous avons perçu que vous incitiez tous les acteurs au débat.

En sa qualité d’acteur concerné, préoccupée par le sort de son entreprise, l’Amicale des Diplômés des Ecoles des Postes (ADEP) compte prendre part à ce débat. Cette Amicale regroupe des Agents de l’administration postale sénégalaise qui ont acquis les grades d’Administrateur, d’Inspecteur, de Contrôleur, d’Agent technique et de Préposé à l'issue de formations à l’Ecole nationale des Postes de Rufisque et/ou à l’Ecole multinationale supérieure des Postes d’Abidjan, suite à la réussite à des concours nationaux.

Evoquant la situation de la Société Nationale La Poste, vous avez fait part « d’un secteur en difficulté dans tous les pays du monde » et que « l’activité postale n’a plus d’avenir dans le monde à cause d’internet, des mails… ». Et comme solution vous préconisez: « la réforme ». Dans cette perspective, vous indiquez que « La Poste doit faire sa mue et se transformer. Elle doit s’adapter aux mutations technologiques pour survivre et qu’il y ait aussi l’activité banque: la Banque postale etc.…». Enfin, vous affirmez que « ...sur La Poste, les Finances travaillent avec le Fonds Monétaire International ».

Permettez-nous, Monsieur le Président de la République, dans ce débat, d'apporter quelques éclaircissements relatifs à votre intervention et de donner notre point de vue.

Si la situation de la SN La Poste attire aujourd'hui l’attention, c'est vraisemblablement parcequ'un aussi important partenaire financier comme le FMI s'y est intéressé et a communiqué là-dessus. Cet intérêt, il faut le préciser, découle de la découverte de flux financiers importants  du Trésor vers La Poste à travers le mécanisme de la Compense. En effet, durant les cinq (05) dernières années, plus de 100 milliards ont été injectés à La Poste par ce mécanisme. Les différents rapports du FMI, publiés au terme des missions sur les Revues de l’accord sur l’ISPE (Instrument de Soutien à la Politique Economique), nous ont même appris que l’Etat et le FMI s’accordent sur « la situation difficile » de l’entreprise et qu'il urgeait de la « restructurer ».

Monsieur le Président de la République,

Nous sommes du même avis sur la situation catastrophique de notre entreprise que nous ne saurions imputer uniquement qu’à un environnement défavorable.

Effectivement, l’activité postale subit au niveau mondial une transformation de son environnement du fait de produits de substitution inhérents au dynamisme des technologies de l’information et de la communication. Mais faudrait-il noter que le secteur postal n'est pas le seul dans l'économie mondiale à subir les perpétuelles mutations de son environnement. Toute entreprise, particulièrement celle de service, a l’obligation, au risque de périr, de prospecter, d’anticiper, de planifier et de s’adapter à son environnement.

Même s'il est clair que l'envoi de lettre est en déclin, de nombreuses postes à travers le monde ont exploré et exploité de nouvelles opportunités, souvent plus rentables, offertes par ce nouvel environnement. Avec l'avènement de l'internet, le segment de la livraison de paquet et colis est en plein essor tiré par le commerce électronique. L’activité bancaire, la monétique, l’assurance, la téléphonie mobile sont également des créneaux longtemps explorés par d’autres administrations postales. Chez nous, le marché des transferts rapides, dans lequel la SN La Poste possède des avantages comparatifs historiques, a vu des réussites extraordinaires d'investisseurs nationaux. Certains d’entre eux ont pris leur envol sous l’aile de La Poste, en qualité de partenaire.

Monsieur le Président de la République,

Nous sommes d'avis que l’importante masse d'argent injectée dans la SN La Poste, durant les cinq dernières années, aurait pu représenter, si elle avait été convenablement utilisée, les ressources nécessaires pour développer des services plus innovants, capables d'assurer le développement durable du secteur postal et favoriser sa compétitivité au plan national et international. L’entreprise possède assez de ressources humaines qualifiées, capables de concevoir des stratégies et des politiques adéquates. Néanmoins, ce potentiel est plombé par une gestion hasardeuse qui anéantit les multiples sacrifices consentis par personnel.  

Par conséquent, nous estimons qu’il est impératif d’auditer la gestion de cette entreprise afin de connaître la destination véritable de ces fonds et de déterminer les résultats de son utilisation.

Cet audit devra faire le point sur :

  • la véritable orientation stratégique de l’entreprise ;
  • l’étendue, la nature et l’opportunité des recrutements en rapports avec les besoins et les capacités financières de La Poste ;
  • l’équité et la transparence dans la gestion des carrières ;
  • le respect des procédures administratives, comptables et financières, mais aussi la gestion et l’usage du patrimoine mobilier et immobilier ;
  • les dispositions contenues dans certains contrats de partenariat ;
  • les procédures de commande de biens et de service ;
  • les subventions et aides allouées à des personnes physiques ou morales.

Cet exercice devra aussi déterminer si les principes de neutralité et de transparence qui fondent toute administration publique sont respectés. Sans cet audit, le climat de suspicion et d’angoisse qui envahit les travailleurs de La Poste ne risque pas de s’estomper et la crédibilité des autorités continuera d’en pâtir.

Monsieur le Président de la République,

Nous sommes parfaitement d’accord avec vous sur la nécessité d’une réforme, voire même d’une refondation. En effet, la situation est extrêmement grave, car la viabilité à court, moyen et long terme est en jeu. L’entreprise ne fonctionne plus que grâce à ce mécanisme de la compense, assimilable à de la perfusion, alors que le potentiel est bien présent.

Certaines pratiques peu orthodoxes, si elles ne sont pas stoppées à temps, risquent d’aggraver la situation de La Poste. Certains actes d’aujourd’hui auront des répercussions désastreuses et irréversibles sur la culture de l’entreprise et peuvent pervertir à jamais l’esprit des employés. Toute tentative de remise en l’état nécessitera des dizaines d’années et d’énormes sacrifices. En effet, comme dit l’adage, « il est plus facile de déconstruire que de bâtir ».  

Seulement, aucune réforme ne pourra se faire sans auparavant la détermination des véritables raisons de cette situation. Sinon les mêmes causes produiront certainement les mêmes effets. Au-delà, des responsabilités doivent être situées parce que le devenir de plus de 3.000 citoyens innocents ne doit pas être sacrifié impunément par une poignée de personnes, qui qu’elles soient.

Monsieur le Président de la République

Nous vous félicitons d’avoir fait sauter l’omerta sur l’état de ce patrimoine national.

Notre amicale, qui a, en toute responsabilité, recensé des actes inédits de gestion, compte collaborer à toute action étatique qui viserait à éclaircir de façon exhaustive la situation de l’entreprise. En effet, il est impératif de sauver et de sauvegarder La poste.

 Elle est l’un des plus importants fournisseurs de service public au Sénégal : l’accès à la communication, l’aménagement du territoire, l’accès à des services financiers. La poste est un acteur majeur de l’inclusion sociale, financière et administrative des citoyens sénégalais. Elle s’implante dans des zones, surtout rurales, où son activité  n’est pas rentable. Dans beaucoup de villages au Sénégal, le bureau de poste, au-delà d’être le lieu de perception de tout envoi monétaire ou physique, demeure le seul symbole de l’attachement du terroir à la République du Sénégal.

Ainsi, Monsieur le Président de la République, nous espérons que vous apporterez, sans doute, la diligence nécessaire et urgente pour sauver ce patrimoine national dont la pérennité est sérieusement menacée.

Le bureau exécutif- ADEP/ La Poste

 

 Les propos du Président de la République tenus le lundi 04 décembre 2017, à l’occasion de la Revue annuelle conjointe de la politique économique et sociale

Sur La Poste, je sais les Finances travaillent avec le fonds monétaire. Nous pensons que euhhh. J’ai déjà dit au ministre de l’économie et des finances de bien voir ce que eux aussi ils doivent à La Poste. Faut pas que cela soit dans un seul sens. Puisqu’avec les bourses familiales c’est elle qui avance. Et elle reste longtemps avant de recevoir des finances. Donc il faut qu’on fasse la réforme. C’est un secteur en difficulté dans tous les pays du monde. Il faut que la poste elle-même se mue, qu’elle se transforme pour survivre, sinon l’activité postale n’a plus d’avenir dans le monde à cause d’internet des mails, plus personne ne part à la poste pour affranchir une lettre. Cela n’existe plus ça, quasiment plus. alors il faut qu’elle puisse s’adapter aux mutations technologiques pour survivre et qu’il y ait aussi l’activité banque : la Banque postale etc…

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