Idrissa Diallo, député-Maire socialiste de la commune de Dalifort: «Ceux qui parlent de rébellion ont défié la ligne du parti pour se mettre derrière des lignes tracées par des alliés»

 

Le député-maire de Dalifort sort la mitraillette contre la direction du Parti socialiste (PS). Dans cet entretien, Idrissa Diallo, proche de Khalifa Fall, assène ses vérités sur la crise qui secoue la formation du défunt Président-poète. 

Votre formation, le PS, traverse une grave crise. Que vous inspire une telle situation ? 
Le commentaire que je peux faire, c’est de me désoler de cette situation, de la regretter. Parce que le PS est un grand parti créé par de grands hommes. Des problèmes mineurs font aujourd’hui que le parti est en train de perdre son âme par des querelles, règlements de comptes. C’est pourquoi je suis très déçu de ce qui se passe dans le parti, et je crois que c’est un passage que tout le monde doit assumer. La direction et tous les militants doivent se regarder en face. Certains ont voulu  vendre le parti ; d’autres ont voulu le monnayer, et il y en a qui ont voulu l’utiliser comme argument politique devant le pouvoir. Et c’est ça qui a amené tout ça et qui me désole. Je n’aurais pas souhaité que cela se passe comme ça.  

Vous dites que certains ont voulu monnayer le parti. Vous accusez Ousmane Tanor Dieng ? 
La direction en général. Et quand on parle de direction, c’est Ousmane Tanor Dieng qui est le premier interpellé. Je n’ai pas duré dans le parti, comme ils aiment le dire. Je suis dans ma 14e année. Je suis venu au moment où on était dans l’opposition. On s’est battu ensemble avec un esprit conquérant et depuis que l’alternance de 2012 est arrivée, nous avons comme l’impression que quelqu’un est fatigué de se battre et il a voulu accompagner le pouvoir. Je parle du Secrétaire général du parti. On a l’impression qu’il est fatigué, il ne veut pas laisser la chose comme s’il en fait une propriété privée. Depuis lors, son rapprochement avec le pouvoir n’explique pas l’acte qu’il a posé, en voulant faire disparaitre le PS des échéances politiques du pays. C’est pour ça que je parle de cette vente, et ce n’est pas fait gratuitement. Quand on offre tout ça à quelqu’un, c’est qu’il a proposé quelque chose. Qu’est-ce qu’il a proposé ? Ça je ne peux pas le savoir.

Vos détracteurs au sein du PS vous traitent de rebelles. Jusqu’où comptez-vous aller dans ce combat ? 
Nous sommes les défenseurs du parti. On se fait appeler le PS des valeurs que nous défendons. Nous ne défendons pas des postes, nous défendons la couleur de notre parti. Et nous sommes prêts à aller jusqu’aux élections pour montrer que les socialistes sont là, ils ne sont pas de «Benno bokk yakaar» (BBY). Montrer qu’on refuse d’être bâillonnés, de se soumettre. L’inacceptable pour un parti politique, c’est de renoncer aux rendez-vous électoraux, aux rendez-vous avec ses compatriotes. On défend encore les couleurs du parti. S’il y a quelqu’un qui veut changer de nom et se faire appeler «BBY», nous ne sommes pas là-dans. Et ça n’a rien de nouveau. On l’a fait en 2014. Il n’y a pas eu autant de bruit. Pourquoi lui-même n’était pas dans «BBY» en 2014, alors qu’il disait que le parti demande à ce que tout le monde soit dans «BBY». Quand il y a eu des problèmes à Mbour, il a quitté. Pour lui, c’est bon, et si c’est les autres, ce n’est pas bon. Nous, on s’appelle PS. On n’est pas de «BBY». Notre parti n’est pas de «BBY». Je reste PS, je refuse qu’on me mette dans une Coalition. Je n’ai pas milité dans une Coalition, j’ai milité dans un parti. Et ce parti a ses règles, a ses modes de fonctionnement, a ses modes de délibération. Ils créent d’autres façons de délibérer dans le parti, et ils veulent qu’on se soumette. Moi, je ne l’accepterai jamais. Ils parlent de rébellion, c’est eux qui se rebellent.

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?
Ils ont défié la ligne du parti pour se mettre derrière des lignes tracées par des alliés politiques. Le parti est aujourd’hui majoritairement avec nous. Les responsables sont avec lui, mais 90% de ces responsables, personne ne peut sortir 10 militants dans sa localité. Les militants les ont contestés. Ils n’osent pas nous affronter sur le terrain politique. Ce sont des poltrons. Parce que ce sont des gens habitués à des trucs trop climatisés, à des tapis rouges maintenant. Ils utilisent la force de l’Etat pour nous combattre. Mais, sur un terrain neutre, il n’y aura pas photo. En un clin d’œil, on les renverse. Nous, on n’a pas de pierres, ni de gourdins, même si on accuse nos camarades de tentative d’assassinat dans une pièce avec des armes qui n’ont jamais été utilisés. Ça, c’est la peur, c’est des froussards qui parlent. Maintenant, ils vont aller chercher la force de l’Etat. Et comme on dit, la force brutale, c’est l’Etat qui détient cela. Il peut vous brutaliser à tout moment pour rien du tout, et c’est cela qu’ils ont utilisé. Mais, cela ne me fera pas reculer et mes camarades ne reculeront pas devant ça. On a vu Abdoulaye Wade, les opposants ont tous vu dans ce pays. Il a reçu toutes sortes de brimades devant des socialistes. On n’a pas le droit de fuir devant cela, sinon on aura trahi cette génération qui est là actuellement.

Quel commentaire faites-vous des affaires Bamba Fall et Barthélemy Dias ?
Les cas Bamba Fall et Barthélémy Dias ont été suffisamment commentés par les Sénégalais. A part le camp de Tanor, aucun sénégalais n’est d’accord avec ce qui a été fait. Tous les Sénégalais sont unanimes que c’est un règlement de comptes politiques. C’est eux qui ont des œillères qui ne voient plus, qui ne comprennent plus, parce qu’obnubilés par ce compagnonnage. Toute la presse, la société civile, tous ceux qui sont intervenus, ont trouvé que ce n’est pas normal, que c’est un règlement de comptes politiques. C’est la partie visible. Mais, nous subissons tous ce règlement de comptes. Si je vous dis que Dalifort perd plus de 500 millions de recettes, parce que je refuse de faire partie de «BBY» vous n’allez pas me croire. Une gare routière dans une commune où on ne paie pas un seul franc à la commune. Vous l’avez une fois vu ? On n’a jamais pris un seul un franc depuis 2014. Et avec l’Acte 3, on doit le prendre. L’abattoir de Sogas, c’est le Code général des collectivités locales qui nous donne la taxe d’abattage. On a demandé près de 400 millions par an. On n’a jamais eu un franc. C’est le ministre des Finances qui bloque. Tout ça, c’est un combat. Ils n’ont qu’à nous combattre. C’est ahurissant. Ce n’est pas républicain. Je ne suis pas dans une Coalition pour
  
Quel commentaire faites-vous de la dernière sortie du député Cheikh Seck ? 
Je ne commente pas ces genres de sortie. Moi, mon problème, c’est avec Ousmane Tanor Dieng qui est le patron du parti au sein du PS. Je sais comment les décisions se prennent au PS. Je sais ce que chacun représente dans le parti. Je ne commente que ce qu’Ousmane Tanor Dieng a fait. Les autres ne peuvent pas m’empêcher d’avancer. Dans le parti, si j’ai des problèmes, c’est parce qu’il y a Ousmane Tanor Dieng qui bloque quelque part. Les bavardages ne m’intéressent pas. 

Des menaces d’expulsion pèsent sur Khalifa Sall et ses souteneurs. Vous en dites quoi ? 
Exclusion ou pas, ce n’est pas cela qui va me faire vivre. Il y a des principes qu’on ne doit pas noyer. Il y a des gens qui ont trahi les textes du parti, ils sont en train de faire ce qu’ils veulent. Il ne faut pas qu’ils empêchent aux autres de faire ce qu’ils veulent. Voilà le problème. Maintenant, comme ils ont la force de l’Etat, ils peuvent utiliser cela pour dire qu’ils ont exclu les gens. Sinon, par les textes du PS, ils ne peuvent exclure personne, parce que c’est eux qu’on doit exclure. L’objectif est dévié. Si on me traduit en Conseil de discipline, qu’on convoque Tanor aussi pour trahison. Si on doit m’exclure, lui aussi doit être exclu du parti, parce qu’il a trahi. Ils n’ont qu’à le faire. Je ne vais pas les laisser faire ce qu’ils veulent faire dans l’illégalité. Ce n’est pas normal. On se battra contre eux. Ils n’ont qu’à utiliser toute la force qu’ils ont. Et aujourd’hui, Khalifa Sall peut faire remonter le PS. Et ça, tout le monde est conscient de ça. Tanor dehors, c’est tout bénéfice pour le PS. Je ne pense pas que Khalifa Sall exclu du PS, cela soit bénéfique pour le parti. Tanor ne peut apporter rien au parti, sauf le déclin.

Que pouvez-vous nous dire sur les événements du 5 mars 2016 qui valent à certains de vos camarades un séjour carcéral ?
Je n’étais pas là. Ce que Bamba Fall m’a dit, c’est que ce qui l’étonne, c’est qu’il a quitté les lieux à midi. Quand il a demandé la parole et qu’on ne lui a pas donné. Quand quelqu’un dit qu’il a vu Bamba Fall donner des instructions à des nervis, je crois que ce que Bamba a dit, c’est qu’il y a des gens qui ne disent pas la vérité dans ce dispositif. Et quand on parle de piscine olympique, tout le monde sait qu’il y avait une ONG qui était à la piscine olympique, dont Bira Kane était membre. Quand on dit que ce sont des nervis, et qu’il n’y a pas de nervis parmi les gens qui sont arrêtés, il y a problème. C’est exagéré. S’ils croient que c’est par-là qu’ils vont tenir Khalifa Sall, en croyant qu’ils vont mettre Khalifa Sall en prison, et c’est fini, ils ne sont pas intelligents. Si l’équipe était intelligente, elle allait conserver le pouvoir. Tanor a toujours manqué de stratégie, et c’est ce qui nous met dans cette situation.
(VOX POP)

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