Theresa May part en guerre contre l’immigration

 

Favorite des sondages, la Première ministre britannique présente son programme en vue des élections du 8 juin. Elle promet notamment de relever la taxe sur les entreprises qui emploient des non-Européens.

Theresa May réaffirme l'engagement pris par le Parti conservateur il y sept ans, et qu'il n'a jamais réussi à respecter jusqu'à présent. La Première ministre britannique, favorite des sondages , promet de réduire l'immigration nette vers la Grande-Bretagne à moins de 100.000 personnes par an, presque trois fois moins que les flux migratoires constatés actuellement.

La dirigeante conservatrice présentait ce jeudi son programme en vuedes élections législatives qu'elle a convoquées pour le 8 juin . « Nous voulons réduire l'immigration », a-t-elle lancé au cours d'un discours prononcé à Halifax, dans le Nord de l'Angleterre.

Le contrôle de l'immigration en provenance d'Europe, massive au Royaume-Uni, est l'une des principales raisons pour lesquels les Britanniques ont choisi de quitter l'Union européenne lors du référendum de juin 2016. Mais rien ne pourra être fait sur ce plan tant que le Brexit ne sera pas effectif, soit au moins jusqu'en 2019.

Les entreprises employant des non-Européens pénalisées

En attendant, Theresa May s'attaque à l'immigration en provenance du reste du monde, qui est presque aussi nombreuse. La taxe qui pèse sur les entreprises qui emploient des étrangers non-européens sera augmentée. Elle s'élève aujourd'hui à 364 livres (426 euros) par an et par salarié pour les petites entreprises et peut monter jusqu'à 1.000 livres (1.171 euros) pour les moyennes et les grandes. Ce prélèvement sera doublé, passant à 2.000 livres d'ici à la fin de la législature en 2022, précise le programme du Parti conservateur. Les recettes financeront des mesures de formation pour les travailleurs britanniques.

Le gouvernement conservateur, s'il est reconduit à Downing Street, demandera aussi à tous les étrangers, qu'ils soient européens ou non, de contribuer davantage au financement du système de santé public. La taxe dont ils s'acquittent pour bénéficier des soins gratuits outre-Manche sera triplée, passant de 200 à 600 livres par an pour les travailleurs immigrés et de 150 à 450 livres pour les étudiants. Le Parti conservateur assure que ces prélèvements restent raisonnables par rapport à ce que paient les Britanniques résidant à l'étranger.

Le regroupement familial plus difficile

Enfin les visas seront plus difficiles à obtenir pour les non-Européens. Les seuils de revenus minimum requis pour les personnes qui veulent faire venir au Royaume-Uni des membres de leur famille seront relevés. Et les conditions d'attribution des visas pour les étudiants étrangers (non-Européens) seront « durcies ».

L'immigration nette vers la Grande-Bretagne a atteint 273.000 personnes au cours des douze mois compris entre octobre 2015 et septembre 2016 : 596.000 personnes se sont installées outre-Manche tandis que 323.000 ont quitté le pays. « Il est difficile de construire une société unie lorsque l'immigration est trop élevée et augmente trop vite », a estimé Theresa May. La Première ministre estime que « l'immigration incontrôlée » exerce une pression à la baisse sur les salaires (ce qui est contesté par certains économistes) et qu'elle pose des problèmes de capacité pour les services publics comme la santé ou l'éducation.

La réaction du patronat a été immédiate. Pour Carolyn Fairbairn, à la tête de l'organisation patronale CBI, les mesures anti-immigration présentées jeudi sont « le talon d'Achille » du programme des conservateurs. Ils risquent de pénaliser le Royaume-Uni dans la course internationale aux talents avec une approche trop « dure » de la question, a-t-elle jugé.

Avec ce discours musclé, Theresa May vise directement les électeurs de l'Ukip, le petit parti europhobe de droite qui connaît un véritable effondrement dans les sondages depuis le référendum sur l'Europe. La Première ministre a aussi présenté de nombreuses mesures sociales destinées à séduire l'électorat traditionnel de la gauche, lançant un appel aux « travailleurs ordinaires » : amélioration de la prise en charge des personnes âgées dépendantes, prix plafond pour les factures de gaz et d'électricité, garantie des droits des salariés après le Brexit... Elle a aussi relâché un peu plus l'austérité budgétaire, repoussant de trois ans, à 2025, le retour à l'équilibre des finances publiques.

Les retraités seront mis à contribution pour financer certaines mesures. Leurs pensions ne progresseront plus aussi vite et seuls les moins aisés continueront à bénéficier d'une prime pour leur chauffage au fuel. Ces mesures marquent une relative rupture pour le Parti conservateur, traditionnellement attaché à caresser dans le sens du poil les retraités qui sont le coeur de son électorat. « Theresa May peut se le permettre car elle est certaine de gagner cette élection. Les seniors grogneront un peu mais ce n'est pas cela qui les fera voter pour d'autres partis », estime Jennifer Hudson, de l'université UCL. «Theresa May profite de sa large avance pour présenter des mesures parfois difficiles mais qui marqueront son bilan », ajoute Tim Bale, politologue à l'université Queen Mary.

 

Commentaires