Comment les Pays-Bas et la Turquie tirent profit du conflit

 

Et si l'escalade diplomatique entre la Turquie et les Pays-Bas arrangeait finalement les deux États?

Le différend entre Ankara et La Haye entre dans une dimension supérieure. Après le désaccord, les tensions, les passes d'armes et les tentatives d'intimidation, une véritable guerre diplomatique s'amorce désormais. Le président Erdogan, furibond, entend en effet user de tous les recours juridiques pour se venger d'un affront qui, par ailleurs, met un frein à ses ambitions de conquête de la diaspora turque: ainsi, non seulement la Turquie a interdit à l'ambassadeur néerlandais Kees Cornelis van Rij, actuellement à l'étranger, de reprendre ses fonctions mais l'espace aérien turc a carrément été fermé à la diplomatie "ennemie". Le gouvernement turc a également annoncé vouloir porter l'affaire devant la Cour européenne des droits de l'homme

Référendum en Turquie 
Or, le conflit actuel et toute cette surenchère démesurée tombent au bon moment. Et si chacun campe sur ses positions, c'est que les deux États peuvent, en réalité, tirer profit de cette querelle à des fins électoralistes, affirme Boris Mabillard du quotidien suisse Le Temps. Erdogan, en pleine campagne référendaire, surjoue son rôle de "meilleur défenseur des Turcs" et réussit à unifier son pays derrière une réforme constitutionnelle jusqu'alors controversée. Sa popularité sort grandie de la crise avec les Pays-Bas et l'Europe. 

Élections législatives aux Pays-Bas
Les Néerlandais sont quant à eux appelés aux urnes ce mercredi pour renouveler leur parlement et se choisir un nouveau gouvernement. Le candidat d'extrême droite Geert Wilders s'est illustré ces derniers mois par son discours islamophobe, anti-immigration, et est parvenu à convaincre une partie de l'opinion au point de faire aujourd'hui partie des favoris au poste de Premier ministre. Or, un temps à la traîne dans les sondages, le chef du gouvernement sortant Mark Rutte rebondit désormais miraculeusement depuis l'ouverture des hostilités avec la Turquie. Sa fermeté face à Erdogan, sa volonté de ne "rien concéder" à Ankara, ravive l'estime de ses compatriotes à son égard. Il renvoie en effet à son peuple une image d'homme fort tout en conservant une réputation respectable, contrairement à son rival populiste Geert Wilders.  

Bref, grâce à cette crise diplomatique d'une rare violence, Recep Tayyip Erdogan et Mark Rutte ont sans doute tous les deux assuré la prolongation de leurs fonctions.

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