Sénégal-Culture-Patrimoine: Le Préfet de Mbour interdit la sortie du Kankourang jusqu’à nouvel ordre

Par P.M.F (Actu24, MBOUR)
Mbour, 28 août 2016 (Actu24.net) La communauté mandingue du département de Mbour sera privée de Kankourang  cette année. Un arrêté préfectoral a été pris dans ce sens vendredi dernier, a appris  Actu24.net qui a eu copie ce dimanche de l’acte administratif en question.

Cette mesure est la conséquence logique d’un conflit d’intérêt né depuis l’année dernière au sein de la collectivité mandingue, pour ne pas dire entre les responsables et  le sieur  El-Hadj Ibrahima Cissé, président du mouvement des Imams et Oulémas Mandingues du département, « coupable » d’avoir initié son propre « dioudiou »(foyer d’initiation) et  sorti également son  propre Kankourang, sans l’avis conforme de la collectivité  et sans autorisation administrative. Déjà, vendredi 19 août dernier, lors du Comité départemental de développement (cdd) spécial sur la préparation  des circoncisions, le secrétaire  général-adjoint du bureau de la collectivité, Kadialy Seydi, attirait l’attention du Chef de l’Exécutif départemental sur la nécessité de vieller à la « non banalisation » de la culture mandingue. Vendredi  dernier, sentant que le risque de confrontation était réel entre les deux camps, aura pris tout bonnement la décision d’interdire  sur l’étendue du territoire départemental  jusqu’à nouvel ordre la sortie du Kankourang et toute activité y afférant. S’en  est suivie  la journée de ce samedi d’intenses ractations pour sauver l’événement. Le maire de Mbour, El-Hadj  Fallou Sylla, est sollicité pour jouer les bons offices. Il contacte le sieur El-Hadj Ibrahima Cissé, pour arrondir les angles. Dans l’après-midi, la rumeur bruit. Cissé aurait lâché du lest, il aurait accepté de renoncer à son Kankourang, en retour le Kankourang devrait  se rendre au « dioudiou » du quartier Thiocé-Est Oncad. Une rencontre était prévue au Commissariat Urbain pour consigner sur procés-verbal les termes de cet « accord ». Mais, à l’arrivée, la montagne aura accouché d’une souris. Le sieur Cissé  e serait dédit selon un responsable de la collectivité. La  nuit de ce samedi aura été longue. L’inquiétude a fini de gagner toutes les couches de la collectivité. Ce dimanche, la mobilisation est monstre. Les jeunes qui avaient investi la cour de l’école Badara Sarr où les responsables de la collectivité se réunissaient, décident soudainement t de rallier le terrain du quartier Santessou « Bayal »symbolique dans la sortie du Kankourang, étant le lieu de convergence le plus fréquenté du public. Une procession  s’y forme pour rallier l’avenue Demba Diop, une foule qui grossit et qui chante son amertume. Des airs d’initiés sont entonnés. Pendant ce temps, face à la presse, le Secrétaire Général  de la Collectivité, Cheikhou Dabo, commente l’arrêté préfectoral. IL dénonce « l’iniquité » de la mesure, soupçonnant un traitement de faveur pour le sieur Cissé, « minoritaire ». Sans  attendre, Cheihou Dabo brandit la men ace du vote-sanction de la collectivité à la prochaine échéance électorale. « Nous sommes  500.000 milles potentiels électeurs » avertit-il. Certains jeunes font dans la menace. Ils promettent la sortie du Kankourang  contre vents et marrées. Pour eux, pas question de voir «un trouble fête » mettre fin à 118 ans de  Kankourang à Mbour. La Police, elle, veille au grain. Une centaine d’éléments  du
Groupement Mobile d’Intervention (Gmi) est déployée à Mbour depuis samedi. Les « bérets rouges »  sont positionnés aux endroits stratégiques de la collectivité et de la commune. Ils étaient visibles à quelques jets de pierre du « dioudiou » du sieur Cissé, et ont d’intervenir à un certain moment pour mettre fin au  « Diambadong « (danse des feuilles) improvisé par des adeptes surexcités. Le maitre des lieux ne « déchire » pas l’arrêté préfectoral. Il compte s’y conformer totalement mais avertit de lâcher « son »Kankourang dans la nature si jamais la partie « adverse » venait à passer outre la décision de l’autorité.  Il promet de réagir plus amplement au moment opportun. Pour l’instant, la tension est perceptible. La déception est à son comble chez beaucoup de mbourois informés de la mesure d’interdiction de la sortie du Kankourang. La nouvelle est venue s’abattre comme un coup de massue. Que seront les vacances à Mbour sans le Kankourang ? La réponse est dans le camp de la collectivité mandingue où l’on semble avoir franc des deux côtés le pont du non retour.
 

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