Djoniba mouflet, chorégraphe: «La danse africaine, c’est comme  un médicament, ça soulage»

 

Grand chorégraphe, Djoniba Mouflet - qui fait la fierté des Africains dans le monde entier, notamment aux Etats-Unis, où il dirige une école de danse - se confie dans cet entretien. Le «sénégalais dans l’âme», comme il aime se définir, se lâche et assène ses vérités. 

Comment expliquez-vous l’engouement que la danse suscite chez les Américains et d’autres nationalités ? 
Les cours de danse africaine et de percussion, c’est la partie mystique de l’Afrique.  C'est-à-dire que, à travers les tam-tams et ce qui est transmis, il y a un effet un peu spirituel et mystique, et les gens se sentent bien. La danse africaine, c’est comme  un médicament, ça soulage. Cet engouement, je le vois partout lors de mes voyages. En Inde, au Japon, au Mexique, en Allemagne, en Europe, en Asie. Toutes les nationalités ont un engouement extraordinaire pour la culture africaine. Je trouve que cet engouement permettra à beaucoup de gens de venir redécouvrir les cultures de l’Afrique qui a de grosses potentialités à tous les niveaux. 

Quelles sont les relations que vous entretenez avec les artistes sénégalais ?  
J’ai de très bons rapports avec eux. J’ai travaillé avec Thione Seck pendant longtemps. On est de très grands amis. J’ai aussi travaillé avec Baba Maal, qui est également un grand ami. Germaine Akogny, qui est toujours ma maman dans la danse. Bouli Sonko, qui a son ballet privé et qui était directeur du ballet national du Sénégal. Et beaucoup de jeunes rappeurs.  

Pourquoi on vous appelle Djoniba Mouflet ?
Mouflet, c’est mon nom de famille. Djoniba, c’est un nom qui  m’a été donné en Guinée du temps de Sékou Touré, dans des villages malinkés. Je saisis cette occasion pour dire une chose qui me tient beaucoup à cœur. Moi, je pense que les gouvernements africains doivent accorder une importance primordiale à la culture africaine, comme du temps de feu Léopold Sédar Senghor ou de feu Sékou Touré. Ils savaient que la culture, c’est quelque chose qu’on ne peut pas nous prendre. On peut nous prendre le pétrole, l’or ou le diamant, mais la culture, elle est spirituelle. 

Que prônez-vous alors ?
Moi, je pense que les gouvernements africains devraient investir davantage sur les cultures africaines. Ça créerait beaucoup de travail, et ça vendrait mieux l’image de l’Afrique à l’extérieur. Parce que, quand on représente sa culture, on représente son esprit, on représente son soul. Il faut préserver nos cultures. Avec la mondialisation, on a tendance à oublier les traditions ;  on a tendance à oublier les danses ; on a tendance à oublier les chants et beaucoup de choses en Afrique. Je pense qu’il est important aussi d’avoir des archives culturelles. Il faut que les noirs descendants d’esclaves puissent venir au Sénégal ou en Afrique pour un pèlerinage culturel. Mais aussi, je pense que les gens du monde entier, qu’ils soient asiatiques, européens, etc., ils ont envie de découvrir leurs racines préhistoriques, parce qu’on dit que tout le monde vient de l’Afrique. Il y a une force dans ce qu’on produit. Ils ont envie d’apprendre, de connaitre, de découvrir. Donc, je pense qu’il est fondamental que les gouvernements africains attachent de l’importance à la culture africaine et créent vraiment des centres, des plateformes, pour justement attirer un public mondial. Et en même temps créer des emplois. 

De manière générale, que pensez de la culture sénégalaise ?
Moi, je pense qu’au Sénégal, il y a une très forte culture. Et elle est très variée et très riche. Il y a les bambaras, les peuls, les diolas, etc. Les gens ont envie de découvrir ce qu’on à offrir. Et je pense que les pouvoirs publics et les gouvernements doivent vraiment aider tous les acteurs culturels, notamment en termes d’emplois. 

Qu’est-ce qui vous lie réellement au Sénégal ? 
Je suis un sénégalais dans l’âme, parce que j’ai grandi au Sénégal. Mais, je suis né en Martinique, pays d’Aimé Césaire, et c’est assez intéressant. C’est spirituel, c’est vraiment spirituel. C’est Dieu qui sait, qui fait les choses. Car il y a beaucoup de gens qui sont allés au Sénégal et qui ne sont pas revenus là-bas. Et moi, vraiment, c’est ma première maison. J’ai l’âme sénégalaise. C’est au Sénégal que j’ai forgé mes relations les plus intimes. 
(Vox Populi)

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