Découverte de gaz et pétrole au nord du Sénégal: Il faut sauver le Gandiol

 

‘’Fajar fenk na ci waaxi Ganjol’’. L’aube pointe ses lueurs au large du Gandiol. C’est l’heure du réveil pour un vieux terroir oublié de la nation. Cette province était bien au carrefour des routes du Cayor, du Walo et du Ndiambour. Aussi le peuple du Gandiol irriguait-il le cœur de cette partie du Sénégal. C’était l’époque glorieuse où le Cayor tirait sa principale ressource commerciale des salines du Gandiol alors placé sous l’apanage de la Linguère, l’époque où Damel Birima Ngoné Latyr n’accordait à Borom Ndar un droit de traite que sur cette partie de son royaume. Cette portion de delta, en effet, était suffisamment puissante et peuplée d’hommes suffisamment valeureux pour infliger aux troupes coloniales françaises leur premier revers militaire significatif après la confrontation de Safilème en 1815.

Mais le train est arrivé après la construction du rail que ne voulait pas cet autre fils héroïque du Gandiol, Lat-Dior Diop, frère utérin de Birima Ngoné Latyr: la jonction ferrée de Saint-Louis avec le reste du pays plongea le terroir désormais enclavé dans un sommeil profond de plus de cent ans. Les voies de circulation commerciale basculèrent vers l’est, par le Toubé. Le pays des salines de la Reine-Mère perdit peu à peu ses attraits économiques et politiques par les effets de la puissance tentaculaire de Ndar pour qui Gandiol n’était que la première marche d’une ascension impériale sur le Sénégal et sur l’Afrique de l’Ouest. Et le Gandiol fut dépeuplé progressivement de la force vive de ses fils qui ont servi un peu partout dans l’Administration coloniale et dans le commerce. A cet égard, les Gandiolais furent les premiers migrants de ce pays.

Aujourd’hui commune rurale confinée à l’écart de toutes les routes nationales, le Gandiol se dessèche de ses terres salinisées s’il ne sombre pas simplement sous les flots d’une brèche dévoreuse de vies humaines, hâtivement ouverte pour  sauver Saint-Louis de l’engloutissement fluvial. Même l’oignon, unique espoir de son peuple après la pêche, pourrit au soleil faute de pouvoir être commercialisé.

C’est de cette nuit noire que pointent enfin les lueurs d’un jour nouveau qui s’annonce. Il faut des yeux patriotiques pour les percevoir et une volonté collective pour suivre la voie menant à la clarté naissante. Bien prémonitoire fut le titre du film documentaire de mon jeune compatriote Ousmane Guèye : « Le Gandiol face à son destin ». En effet, on ne parlait pas encore de découverte de puits de pétrole et de gaz quand le journaliste réalisait son film-témoignage sur la disparition programmée d’un Finistère appelé à être rayée de la carte du monde. Mon Dieu, faudrait-il que le Sénégal moderne regarde mourir ce bout de terre qui lui a donné naissance pendant même qu’en pleine agonie, celui-ci libère de ses entrailles marines les giclées d’hydrocarbures appelées à installer durablement notre pays à la table des nations bénies du pétrole ?

LE PETROLE DE GUEUMBEUL

Les puits de pétrole découverts au large de Gueumbeul sont une aubaine pour le Sénégal et pour le Gandiol d’abord. Bien des structures d’accompagnement seront nécessaires à l’exploitation de ce pétrole. Les terres gagnées par le sel pourront au moins servir à l’implantation des divers établissements afférents à l’économie du pétrole: l’Université des Métiers, dans ce sens, est un projet dont la réhabilitation s’impose, entrepôts de stockage et autres annexes de la SAR (Société Africaine de Raffinage) doivent pouvoir être accueillis. Avec le pétrole de Gueumbeul, le Gandiol acquiert une vocation industrielle absolument incontournable, si l’on veut être également juste avec tous les enfants de ce pays.

LA ROUTE DU LITTORAL

Le projet de Grande Route du Littoral, prolongement de la route des Niayes, semble désormais acquis si l’on accorde du crédit aux déclarations du Premier Ministre qui assure du bouclage de son financement de 30 milliards de francs.  On sera tenté de le croire quand on sait que, hormis l’axe Dakar-Sangalkam, il ne resterait que la portion de Mboro à Potou, puis de Potou à Gandiol. Il serait souhaitable que les autorités gouvernementales, conscientes de la dimension économique de l’enjeu, s’attachent à réaliser en urgence le pôle nord de cet axe routier salvateur. Cette option aurait un double avantage : d’une part, le désenclavement rapide des zones de production d’oignon et autres spéculations horticoles qui sont en situation de stress économique ; d’autre part, la mise en valeur des activités minières de Lompoul déjà en plein développement.

LA COMPENSATION ECOLOGIQUE

Drapés dans leur dignité, les Gandiolais sont réticents à se plaindre des contrecoups que certains choix de la politique économique de l’Etat du Sénégal imposent à leur terroir qui se retrouve condamné. La salinisation de ses terres serait moins l’effet du réchauffement climatique que celui de la perdition des eaux de barrage installé en amont du fleuve Sénégal. Les spécialistes le savent mais personne n’en parlent guère : faute d’un système de drainage efficace, les lâchers d’eau non utilisée dans les canaux d’irrigation imbibent le sous-sol qui, se retrouvant comme une éponge poreuse, libère ainsi les sels et autres minéraux affleurant à la surface. C’est injuste de voir toute une province perdre de la sorte ses terres parce qu’on a voulu en valoriser d’autres. Non seulement les autorités interpellées doivent trouver une solution pérenne à ce problème, mais une compensation juste doit être apportée au désastre causé à toute une population, autant que les populations des villages engloutis par la brèche doivent être indemnisés. Cela, PERSONNE  N’EN  PARLE ! Et les Gandiolais sont trop dignes pour se plaindre…

ET LA FRANGE CONTINENTALE DE LA LANGUE DE BARBARIE ?

Nos parents de cette localité ont appris, silencieusement frustrés, que le ministre de l’Hydraulique a pu mobiliser un financement de plus de trois milliards de francs pour l’érection d’une digue de protection le long de Guet-Ndar sur la Langue de Barbarie, alors que la même catastrophe frappe jusqu’à Pilote et Tassinère après avoir englouti Doune Baba Dièye. Rappelons, pour l’Histoire, qu’il y a deux cents ans Doune existait déjà, avant qu’en 1830 les Français ne créent « le village de liberté », première implantation humaine sur la Langue de Barbarie. Eh oui, la grande différence c’est que le maire de Ndiébène-Gandiol n’est pas ministre de l’Hydraulique. Contrairement au maire de Saint-Louis !

A l’heure où se lève un jour nouveau sur cette terre, Finistère du Sénégal et à bien des égards berceau de notre nation, il n’est pas encore trop tard pour réparer une injustice historique et rétablir un déséquilibre gravement menaçant pour la cohésion du tissu national.

Sidy Fakha Diop

Professeur à l’UCAD

 

Commentaires