Une leçon de démocratie en Afrique du Sud

 

 

Editorial du « Monde ». Ce n’était pas le but recherché, mais, à travers de simples élections locales, qui se sont tenues le 3 août, et dont les résultats définitifs sont en train d’être connus, l’Afrique du Sud vient d’administrer, tranquillement, une leçon d’espoir démocratique. Ce n’est pas que le pays aille bien. Il est en panne, économiquement parlant. Son président,Jacob Zuma, à la tête de l’ANC (Congrès national africain), impliqué dans une vague d’affaires, est en chute libre dans les sondages. Les inégalités demeurent choquantes et menacent l’avenir du pays.

 

 

Pour l’heure, la colère reste confinée chez les plus pauvres et s’est manifestée jusqu’ici soit par des émeutes contre les pouvoirs locaux, soit lors de vagues de violence dirigées contre les communautés étrangères, des Africains venus chercher une vie meilleure. Or, de quoi a-t-il été essentiellement question lors de la campagne électorale ? Des étrangers ? De la sécurité ? Non, d’une manière plus générale, de gestion publique. En contexte de crise, le populisme xénophobe, les recettes dangereuses… n’ont pas fait recette. C’est le premier effet de la leçon sud-africaine.

Des queues d’électeurs le jour du vote

Le scrutin du 3 août aurait pu être un échec. La relative modestie de l’enjeu et la lassitude face aux affaires qui impliquent des responsables du pouvoir : tout cela aurait pu dissuader les Sud-Africains de voter. Cela fut le cas pour certains, notamment les fidèles de l’ANC, ulcérés par les dérives actuelles des dirigeants. Mais, le jour du vote, les queues d’électeurs se sont constituées, comme le pays de Nelson Mandela – le symbole national disparu en 2013 – en a pris l’habitude depuis le premier scrutin multiracial, en 1994.

Après un long dépouillement, l’ANC se voit aussi infliger une leçon : le parti perd des électeurs (les décomptes sont encore en cours) et le contrôle de plusieurs villes, à commencer par la municipalité nommée, précisément, Nelson Mandela Bay. Tout aussi symbolique est la défaite à Nkandla, la ville natale du chef de l’état, Jacob Zuma. Là se dresse son domaine privé, réhabilité aux frais de l’Etat avant de donnerlieu à un interminable feuilleton judiciaire. A Nkandla, la victoire a été remportée par l’IFP (Inkhata Freedom Party), dont le chef, Mangosuthu Buthelezi, a résumé ainsi sa campagne : « Je ne leur ai pas promis d’eldorado, je ne leur ai pas dit que tout irait bien. (…) Nous ne devons pas promettre des choses que nous ne pourrons pas leur donner. »

La vivacité d’une démocratie ne se résume pas à la longueur des files de votants ni à la taille des promesses ou des peurs agitées par ses dirigeants. Elle tient au débat national, vif, argumenté. A cet égard, l’Afrique du Sud a donné un excellent exemple de cette vivacité, de l’attente des électeurs de projets pour demain. Comment gérer une ville, un pays ? Quelles sont les politiques à mettre en œuvre pour faireredémarrer une économie ? Comment se transformer ?

Cette défaite infligée à l’ANC est aussi un message à Jacob Zuma, à ses arguments, aux dérives de son entourage. Contesté à l’intérieur de son propre parti, celui-ci cristallise la volonté de changement des électeurs. Cette leçon des urnes sud-africaines envoie aussi, par extension, un dernier message, à l’adresse cette fois des autocrates naissants ou confirmés du continent africain : leur précieuse personne, en réalité, n’est rien pour leur nation, comparée à la force d’un projet national.

 

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